Dominique Connan

Professeur
Science politique.

Centre Universitaire de Recherches sur l'Action Publique et le Politique - Épistémologie et Sciences Sociales
  • THESE

    La décolonisation des clubs kényans : Sociabilité exclusive et constitution morale des élites africaines dans le Kenya contemporain, soutenue en 2014 à Paris 1, sous la direction de Johanna Siméant-Germanos, membres du jury : Johanna Siméant-Germanos, Frederick Cooper et Jean-François Bayart   

  • Dominique Connan, « Une réinvention de la différence élitaire : un Rotary Club dans le Kenya de Mwai Kibaki », Critique internationale , 2016, n° 73, pp. 133-155    

    L’enquête ethnographique menée entre 2008 et 2011 au sein du Rotary Club du Langata à Nairobi permet de décrire la sociabilité professionnelle, organisée autour de réunions hebdomadaires et d’événements caritatifs, des élites kényanes qui s’approprient les représentations mondialisées du succès économique et social. L'entre-soi rotarien éclaire sur la manière dont les aspirations individuelles au succès économique, à la reconnaissance sociale et à l'estime de soi se mêlent à la promotion pour le Kenya des mantras de la « bonne gouvernance » et des libéralisations. Les rotariens entretiennent avec l’État un rapport paradoxal, fait d'évitement de la compétition politique et de ses dérives, et de mimétisme de ses pratiques de légitimation : la bureaucratie, la taxation et, à travers la philanthropie, le service public. L'enquête parvient ainsi à montrer au plus près, depuis l'intimité des cercles de sociabilité élitaire, la traduction dans la vie quotidienne des « jeux d'import-export symbolique » par lesquels se légitime ce segment des classes dirigeantes.

    Dominique Connan, « La destinée manifeste de l’entrepreneuriat kényan : Charité et constitution morale d’une élite économique africaine », Politix , 2015, n° 108, pp. 123-141    

    Cet article se propose d’étudier, à travers l’adoption par les entrepreneurs locaux de répertoires internationalisés de la philanthropie, les mutations d’une éthique économique en Afrique. Au Kenya où les plans d’ajustement structurels ont accentué l’épuisement du clientélisme fondé sur la rente étatique, ces dernières années ont vu s’accroître la concurrence entre professionnels du patronage politique et nouveaux entrepreneurs philanthropes. Dans cette friction entre rôles élitaires se dessine par accommodements successifs un jeu d’extraversion : les vieilles dynasties politiques aujourd’hui salies par la condamnation des répertoires anciens de l’accumulation retrouvent une vertu par la grâce des répertoires internationaux de la philanthropie. Alors qu’explose le cadre ethnique dans lequel se pensait jusque-là le don civique, la philanthropie fait la promotion pour l’ensemble du pays d’un gouvernement managérial par projets qui justifie la privatisation croissante des modes d’accumulation économique. L’imaginaire d’un Kenya devenu un pays développé par la grâce des partenariats public-privé, adossé à un nationalisme qui a toujours lu dans l’Ancien Testament une métaphore des tribulations du pays, fait des entrepreneurs des artisans éclairés dont la destinée manifeste est de guider le pays vers un salut économique dans lequel ils pourront s’accomplir enfin.

    Dominique Connan, Johanna Siméant-Germanos, « John Lonsdale, le nationalisme, l'ethnicité et l'économie morale : parcours d'un pionnier de l'histoire africaine », Genèses. Sciences sociales et histoire, 2011, n°2, pp. 133-154 

    Dominique Connan, « John Lonsdale, le nationalisme, l'ethnicité et l'économie morale : parcours d'un pionnier de l'histoire africaine : Entretien avec Dominique Connan et Johanna Siméant », Genèses , 2011, n° 83, pp. 133-154    

    RésuméDans cet entretien, l’historien John Lonsdale, spécialiste du Kenya, évoque les origines de sa vocation et de son intérêt pour l’histoire du nationalisme et de la formation de l’État en Afrique. Héritier du marxisme britannique et partisan d’une histoire « par le bas » des sociétés africaines ; attentif à la « vulgarisation » de l’État et de la lutte des classes par les cultures populaires, il évoque en répondant à nos questions un parcours et une œuvre qui ont durablement nourri le champ des études africaines.

Actualités Publications ENCADREMENT DOCTORAL
  • Coralie Douat, Transformations, articulations et hybridations des cultures contestataires dans les squats en France depuis les années 1970, thèse en cours depuis 2021  

    A travers un travail d'archives, de sources de presse et autoproduites (fanzines, blogs), complété d'une approche ethnographique (entretiens et témoignages oraux notamment), l'objectif de cette thèse est de contribuer à l'écriture d'une histoire des cultures contestataires dans les squats, en France, depuis les années 1970. Comment se transmettent des mémoires, pratiques et idées politiques dans les squats, au fil du temps ? Comment celles-ci sont réactualisées, se confrontent ou s'articulent avec succès ? Finalement, l'objectif de cette thèse est de penser les liens entre des (contre) cultures (par exemple, punk, teuffeuse) et des formes de politisation et de mobilisation.

    Héloïse Grard, Biométrie et identité dans les pays du Sud , thèse en cours depuis 2020 en co-direction avec Marielle Debos  

    Cette thèse vise à comprendre l'intérêt croissant pour l'identité légale dans les politiques de développement à partir des années 2010. A la suite de l'adoption des Objectifs du Développement Durable (ODD) de l'ONU, qui font de l'identité légale des individus sur la planète un des objectifs du développement, un programme a été créé par la Banque Mondiale, en collaboration avec d'autres partenaires privés et publics : le programme « Identification for Development » (ID4D). Cette recherche vise à saisir les conditions de la mise à l'agenda des papiers d'identité comme un objectif central du développement, à l'intersection des acteurs publics et privés, internationaux et locaux, du Nord et du Sud. La thèse cherche dès lors à comprendre la biométrisation et la numérisation des identités dans les pays du Sud à partir d'une étude de cas emblématique de ce tournant : la mise en place d'un numéro unique d'identification, le Huduma Namba, au Kenya, assigné à tous les citoyens et résidents du pays.

    Mathilde Beaufils, La raison d'Etat en débat. Contribution à une sociologie de la polémique sur le rôle de la France au Rwanda, thèse en cours depuis 2019 en co-direction avec Sandrine Lefranc  

    A venir

    Nermina Trbonja, « Sois un homme, mon frère. Une analyse genre des parcours et discours des combattants d'origines bosnienne en Ukraine, en Irak et en Syrie »., thèse en cours depuis 2016 en co-direction avec Emmanuel Wallon  

    L'implication d'individus originaires de Bosnie-Herzégovine dans des zones de guerre à l'extérieur suscite depuis quelques années une attention notable dans le pays comme dans le reste du monde. La participation d'un nombre important et croissant (Neuman 2015) de citoyens bosniens, très majoritairement de sexe masculin, dans des organisations militaires ou des milices paramilitaires étrangères, ainsi que leur présence active lors de combats menés sur des champs de bataille éloignés des Balkans n'ont cependant pas encore fait en tant que tels l'objet de travaux de sociologie politique. À travers l'étude des itinéraires individuels relayés par des modes collectifs d'affirmation identitaire, mais aussi des représentations qui tendent à construire un modèle de virilité guerrière, la thèse posera un regard analytique sur les combattants incorporés dans différents groupes à l'étranger : ceux qui sont impliqués dans le conflit en Syrie, pour ou contre le régime baassiste, en Irak, pour ou contre Daech; ceux qui se sont joints à la guerre en Ukraine aux côtés des milices pro-russes ou aux côtés de l'armée nationale ukrainienne ; enfin ceux qui ont rejoint des entreprises militaires et de sécurité privée (EMSP) et prennent part aux hostilités, notamment en Irak.

  • Zineb Belmaati Cherkaoui, Les enjeux géopolitiques du sport en Méditerranée : une analyse historique des Jeux méditerranéens (1947-2001), thèse soutenue en 2022 à Paris 10 sous la direction de Olivier Le Noé, Pascal Charitas et Olivier Le Noé, membres du jury : Daphné Bolz (Rapp.), Patrick Clastres (Rapp.), Marion Fontaine et David-Claude Kemo-Keimbou    

    Cette thèse vise à étudier une phase de l’histoire olympique : la genèse et l’organisation des Jeux méditerranéens au cours de la deuxième moitié du XXème siècle. Il s’agit de montrer que la fabrication de cet événement sportif régional se situe au centre d’un réseau de coopération qui influe sur la nature de cette œuvre (Becker, 2006). En effet, ces Jeux régionaux du Comité international olympique (CIO) sont le résultat de négociations entre des représentants de pays, traversés par des rivalités et des rapports de force qui animent le monde méditerranéen (Braudel, 1946). En 1961, ces acteurs créent le Comité international des Jeux méditerranéens (CIJM), une institution qui contribue à favoriser le processus de décision consensuel et à réduire les risques de conflits entre les mondes coopérants pour garantir la pérennité de cette manifestation sportive. D’une part, notre recherche a pour finalité d’examiner la manière dont des dirigeants sportifs des pays méditerranéens sont contraints de s’entendre sur un terrain en lien avec l’organisation d’un événement sportif. D’autre part, elle analyse les effets des questions géopolitiques sur la tenue des Jeux méditerranéens (1947-2001). Ils deviennent ainsi le prisme analyseur de la diplomatie sportive réfractant les rivalités et les coopérations régissant les relations régionales. Notre travail est adossé à un dépouillement des archives du Centre d’études olympiques (CEO) de Lausanne, du CIJM à Athènes, des archives de la ville de Barcelone, des archives nationales françaises et des articles de presse couvrant le déroulement des Jeux méditerranéens (Alexandrie, Barcelone, Rabat, Paris). Auxquels s’ajoutent la réalisation d’entretiens semi-directifs avec quelques dirigeants sportifs.