La préfecture du prétoire est, sous l’époque tardo-antique, une institution majeure de l’administration impériale. Exerçant essentiellement des fonctions militaires sous le Haut-Empire, la préfecture du prétoire est réformée en profondeur sous le règne de Constantin : elle est investie d’attributions judiciaires et fiscales pour un ensemble de provinces. La préfecture du prétoire d’Orient administre, entre le IVe et le début du VIIe siècle, un immense territoire, riche et densément peuplé, dont certaines provinces sont essentielles aux finances de l’Empire. Il n’existe pas d’administration fiscale unifiée, mais la préfecture du prétoire joue un rôle essentiel dans son fonctionnement : établissement des besoins de l’État, perception des impôts, dépenses publiques, émission de décrets administratifs, missions d’inspections, réception de pétitions et d’ambassades, etc. Au service du préfet, un certain nombre de fonctionnaires (praefectiani) permettent l’accomplissement de ces missions : relativement nombreux, ces agents peuvent agir aussi bien dans les bureaux centraux de la préfecture à Constantinople que dans les provinces. La réforme de la préfecture du prétoire a abouti à la mise en place d’une nouvelle administration des provinces et au renforcement de la centralisation du gouvernement impérial. Très tôt, l’historiographie a souligné une certaine « omnipotence des pouvoirs » du préfet du prétoire dans la nouvelle administration impériale. Cependant, la préfecture du prétoire d’Orient occupe une place spécifique, puisqu’elle détient à la fois les fonctions d’une administration centrale et celles d’une administration provinciale. De plus, l’institution préfectorale n’est pas restée figée et connaît des évolutions tout au long de la période tardoantique. Nous pouvons donc nous interroger sur la nature de cette institution, sur son rôle clé dans la centralisation des affaires fiscales de l’Empire, mais également sur ses limites. Le pouvoir impérial a-t-il cherché, tout au long de cette période, à renforcer la place de la préfecture du prétoire dans l’administration fiscale ? Ou, au contraire, les empereurs ont-ils cherché à contenir les pouvoirs et les moyens d’action de la préfecture du prétoire dans ce domaine de gouvernement ? Dans cette étude, nous souhaitons montrer les rouages de la préfecture du prétoire d’Orient, et en particulier ses spécificités. Au sujet de cette administration, nous nous questionnons, notamment, sur la notion de « bureaucratie », pensée par Max Weber. Nous nous intéressons aux différentes compétences du préfet du prétoire, mais nous n’entrons pas dans une étude détaillée de chaque titulaire de la fonction. Une grande partie de notre travail consiste à étudier les agents subalternes de la préfecture qui sont plus méconnus et sur lesquels nous ne disposons que de peu d’informations dans les sources. Nous voulons également montrer les rapports de la préfecture du prétoire avec les contribuables, mais également avec les autres institutions qui participent au fonctionnement de cette administration fiscale.